réveil Popovitch blog bd show
28 octobre 2004,11h02

La ballade de l’impossible

Norvegian wood

C’est en parcourant les temples et les jardins de Kyoto que l’on peut commencer a percevoir la crise d’identite du Japon. D’autant plus que ces visites se sont faites a un rythme qui ne me convient pas. L’enchainement de lieu en quelques heures me fait penser a ces visites scolaires des temples par les japonais. A l’arrivee d’un bus, on croit que le calme ne pourra pas regner avec tout ces etudiants attroupes au meme endroit, mais au bout de quelques minutes, le calme, le vide est revenu sans qu’aucune trace ne puisse meme attester l’existence des ces visiteurs.

Nous etions donc ce jour la partis a 6 (que des francais) visiter des temples mais c’est finalement le rythme de ce parcours qui me renvoie mes propres contradictions melees a celles de ce pays. Nous avons pu voir tout ce que l’on peut voir dans tout les angles possibles, mais la ou l’on veut voir, je ne souhaite que ressentir. S’il fallait seulement voir, autant le faire dans un livre ou les illustrations sont choisies specialement a cet usage. Le but ici n’est pas tant de voir que de s’impregner de l’atmosphere. J’ai du coup pas mal fait ralentir le groupe en trainant a l’arriere mais il aurait fallu rester toute la journee dans un seul endroit pour commencer a reellement voir au dela de la simple observation. Le rythme effrene que nous avions par rapport a celui que je desirais ne peut en fait pas etre qualifie de rapide, cependant il etait bien evidemment contraire a l harmonie des lieux et a mon attente. Il n’y plus de gens pret a s’attarder, meme quand les gens s’attardent le sens de leurs reflexions me semblent contraire a la pensee que les lieux degagent. J’ai fait de nombreuses photos sans jamais etre satisfait du resultat, mais comment voulez-vous reussir a capturer une sensation quand vous ressentez un vide sans jamais vraiment y etre immerge.

La fin des temps

Ce decalage est finalement le quotidien des japonais. Ici, on pense et on agit en groupe ou en communaute, ceux qui reste en marge ou ceux que la societe laisse en marge sont confines dans une solitude peu enviable. Je dirais meme que meme lorsqu ils sont en groupe, les japonais ressentent cette solitude. Pourtant la plupart des japonais arrivent a vivre avec. Le taux de suicide des jeunes est finalement dans la moyenne des pays industrialises (derriere la France qui elle se classe dans le groupe de tete). Il y a en ce moment de plus en plus de suicide de jeunes en groupe. Ils se trouvent par internet puis vont se suicider ensemble, mais c’est finalement plutot logique, car exclus de la societe toute leur vie, ils peuvent ainsi agir comme tout le monde c’est a dire en communaute.

Je crois qu’au college et meme au lycee, il est obligatoire de s’inscrire a un club donc finalement d’appartenir a une communaute (apres appronfondisement il s’avere que ce n’est pas obligatoire mais tres vivement conseille). A l’universite, il existe 3 types de club : les clubs sportifs, les clubs culturels et les cercles sportifs. Dans les clubs sportifs, je citerais l exemple du foot (mais c’est la meme chose quel que soit le sport), c’est 6 entrainements par semaine de 20h a 23h30 en semaine et le matin pour le dimanche. C’est a se demander si ce systeme n’est pas fait pour empecher les japonais de savoir ce qu ils font de leur vie. Il n’y a plus de place a la reflexion, la fatigue, la lassitude et la notion de suivre le mouvement prend ici le relais sur tout le reste. C’est un peu pareil pour les clubs culturels mais autour d’activites moins fatigantes physiquement mais eprouvantes mentalement. Dans les cercles sportifs, c’est seulement deux entrainements par semaine (semblable a des clubs sportifs en France donc).

Au sud de la frontiere a l’ouest du soleil

J’ai l’impression qu’il n’y a pas d’echo entre les japonais. Peut-etre que les reflexions personnelles ne profitent-elles pas au groupe, elles sont donc gardees pour soi. Avec qui pourrais-je parler de ca ? Avec quels japonais pourrais-je avoir suffisemment de contact pour poser ce genre de question ? Et surtout quel niveau de japonais dois-je atteindre pour savoir exprimer et ecouter ce murmure ? Je ne suis pas deprime mais il est clair que je suis affecte par cette ambiance a la fois splendide et terrifiante, je dirais meme terriblement angoissante. C’est un peu comme lorsque j’ai lu la ballade de l’impossible de Murakami Haruki, j’avais l’impression de suffoquer, de ne plus savoir ou j’en etais... Mais finalement j’aime ce genre de sensation, cela me permet de mieux apprehender le non sens de mon existence. Mais je ressens le besoin d’utiliser l’ecriture comme un exutoire afin de mieux clarifier, de poser ma pensee et peut etre de ne plus y penser. Qu’on ne se meprenne pas, plus je decouvre le Japon plus j’ai l’impression que j’aime ce pays, c’est seulement que l’experience du decalage culturel melee a la sensation que l’on ressent lorsque l’on regarde l’identite du pays sont amplifies par mes visites de ce week-end. Ici finalement on est tous ainsi projette sur une autoroute sans jamais pouvoir s’arreter et meme se retourner....

Suis-je le seul a ressentir une telle sensation ? Ce decalage doit etre encore plus grand lorsque l’on connait Tokyo qui me semble etre le symbole de cette croissance trop rapide, de cette perte d’identite qui ronge le pays. C’est une experience que je vis, peut-etre un peu comme Scarlett dans Lost in Translation, avoir l’impression d’un decalage si grand qu’il se reflete inexorablement dans notre vie. Mais a qui puis-je vraiment parler de ca ? Qui possede un element de reponse qui me satisfasse ou tout du moins me fasse affronter cet abyme de desepoir. Thibault n’a pas aime le film, il n’a pas ete sensible a ce vide pourtant si justement decrit. Ses choix metaphysiques l’empechent de comprendre le sens de ce genre de preoccupation. Cela n’eveille aucun echo en lui... S’il lit ca, je sens qu’il va hurler mais cependant j’affirme avec certitude et confiance (chose rare dans ce pays) que lorsqu’on utilise un joker a tous les tours, la partie ne peut qu’en etre affectee. Cela me fait penser a l’abscence de resonnance qu’il connaitra lorsqu’il lira Murakami Haruki comme il a l’intention de le faire. Dans ce livre, les reflexions, le sens des pensees et des actes des personnages ne peuvent pas rencontrer un quelconque echo chez lui. Et quel est l’interet de lire un livre, si ce n’est pour partager ou accompagner la souffrance et les tourments des personnages. Murakami ne devrait eveiller en lui pas plus de sentiment qu’un manuel de cuisine. Je precise que ce n’est pas une critique envers Thibault, nous avons chacun nos sensibilites mais finalement ces differences la ne font qu’accentuer ce sentiment de solitude, desespoir, de vide dirais-je. Je ne voudrais pas non plus qu’on m’accuse de denigrer les manuels de cuisine, mais le genre de sensation que procure ce type de bouquin ne peut etre au mieux un sentiment vide de reflexion, juste un reflexe instinctif.

Danse danse danse

Dois-je partager tout ca ? D’habitude je me contentais de reflechir a ce genre de chose avant de me coucher en me promettant d’ecrire tout ca sur papier le lendemain. Mais au reveil, ce n’est deja plus la meme reflexion, un temps est passe, je ne ressens plus les memes choses, je n’ai plus les memes idees. Peut-etre que si je notais ca regulierement j’arriverais un jour a exprimer ce vide. Ce soir, je me suis mis a lire du Murakami, en 3 lignes j’ai deja le sentiment que ce livre a ete ecrit pour moi. Voila un japonais qui a compris la crise actuelle du Japon. Je doute que parler de ceci avec Guillaume ou Thibault soit vraiment utile, ils ont tous les deux des affinites differentes des miennes. C’est dans ces moments la que je regrette de ne pas pouvoir parler a mon frere. Pourquoi lui ? Peut etre parce qu’il symbolise cette reponse a mes doutes que je recherche.

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yoda


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Belle éloge de l’ennui si constructif de l’individu. Un luxe rare et si peu pratiqué de nos jours. C’est de plus en plus troublant ces reflexions sur le japon, vais presque finir par m’intresser à ce pays : ) Joli texte et chouette style, j’en veux encoooooorrrrrreeeeee !
SAMsara - 28 octobre 2004, 11:45
ça me fait penser à un site passé sur chocapic récemment et dont je suis fan : http://masamania.com/
jojo - 28 octobre 2004, 16:07
quand je vous disais qu’il avait préparé quelque chose de grandiose :)
axolotl - 28 octobre 2004, 19:22
Je vais vraiment finir fan de ce pays moi...
Didoune - 28 octobre 2004, 20:54
merki mon petit yoda :)
xNx - 29 octobre 2004, 09:53
Style impresionnant. J’en attendais pas moins de toi Yoda ! Il va falloir qu’on en discute mais par electronique interpose c’est pas tres inspiratif ! En tout cas bravo et ne t’arrete surtout pas :)
Titam - 1er novembre 2004, 20:04
tu as bien fait de faire cette précision sur les livres de cuisine ! si tel n’avait pas été le cas tu frisais le procès des puissants lobys da la litérature gastronomique
djdail - 1er novembre 2004, 21:07
je suis fière de toi ! Ton style d’écriture est magnifique. ENCORE !!! j’en veux plus !
bouille - 8 novembre 2004, 10:56
j’adore ! j’en reste muet... tu as réussi a parfaitement exprimé avec des mots cet espèce de sentiment indescriptible de vide et de sollitude que je ressens depuis mon arrivée alors qu’on se retrouve entouré malgré nous par une foule de gens ! belle réfléxion et très beau style d’écriture ! j’adore !
étudiant en échange - 15 juin 2008, 05:28

le vide que tu ressens (yoda) j’en ai ressenti un similaire durant mon séjour de deux ans en Espagne, de fait je ne sais pas si c’est inhérent au pays qui nous accueille ou simplement au statut d’étranger (dans tous les sens du terme).

j’admire ton écriture moi aussi.

Pedrof - 23 juin 2008, 12:30

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